Oui, mais pas n'importe lequel. Pas le gilet de baba sympatoche, pas le gilet ramené de Katmandou, avec ses broderies en forme de volutes fumeuses. Non. Le gilet pur et dur du costume trois pièces traditionnel, celui façon banquier ou tailleur à l'anglaise, celui à la virilité autoritaire. Le gilet, le vrai.

Comme toujours, son retour est une affaire de recyclage. Et de modernité dénichée dans les marges encore imprécises de l'adolescence. Il illustre aussi le va-et-vient, aujourd'hui, entre la spontanéité de la rue et la récupération du luxe. Car les premiers à avoir fait sortir le gilet du placard sont les très jeunes adultes, les mêmes qui avaient troqué, il y a deux ans, la casquette de rappeur pour le petit chapeau chic qui est devenu l'insigne du DJ. Il y a quelques mois, on s'est donc mis à voir, aux environs des gares, au sortir des boîtes de nuit ou sur les sites des chasseurs de tendances, de très jeunes hommes portant des gilets. Pas de veste, pas de chemise. Parfois un t-shirt, la plupart du temps juste un gilet porté sur la peau, laissant les épaules et les tatous nus. Un gilet, c'est tout.

Presque au même moment, les marques du luxe cool ont fait défiler leurs propositions giletières, qu'on retrouve dans les vitrines et les magazines de ce printemps. Là aussi, le gilet est souvent porté à même la peau même chez une marque aussi chic qu'Hermès - l'absence de chemise étant l'une des signatures de l'allure de l'homme de mode 2007. Parfois, la cravate est glissée, dénouée, entre la doublure du gilet et l'épiderme, façon rocker revenu de tout sauf des traditions vestimentaires classiques portées avec abandon, comme chez Martin Margiela.

Souvent, les marques proposent leurs détails maison. Paul Smith décale les trois dernières boutonnières de ses gilets prince-de-galles, Neil Barrett coud des pans de gilets à même les bords de ses vestes transgéniques, Alexander McQueen patine ses gilets de smoking façon «Amish», Louis Vuitton remplace, sur ses gilets estivaux, les boutons par des pressions métalliques, alors que Burberry superpose les siens sur des pulls très fins à large encolure ronde. Côté figures du style actuel, le chanteur Justin Timberlake a fait toute la promo de son dernier disque en gilet, Jude Law a été vu à Cannes en veste et gilet dépareillés sur fond de t-shirt blanc alors que Brad Pitt, comme s'il avait besoin de surjouer son autorité, a gravi les marches cannoises en smoking, papillon et gilet croisé, oiseau de nuit endimanché pris sous le soleil de la Croisette. Le gilet, encore lui.

Ce même gilet dont les couleurs ont été, du temps de Théophile Gautier et de Baudelaire, arborées comme les étendards d'une modernité révolutionnaire. Ce gilet qui revient habiller, cet été, les hommes à la mode qui continuent, depuis le début du XXIe siècle, quelle étrange chose, de se chercher, dans les habits codifiés du passé, une sorte de légitimité, une façon de parapher leur masculinité brouillée. Le gilet, comme une recherche en paternité.

Gilet classique, mode d'emploi

Le gilet dont il est question ci-dessus est un accessoire de mode. Reste que du côté de l'homme d'affaires classique, le gilet voit aussi ses ventes augmenter légèrement. Les conseils de Mauro De Luca, responsable des ventes au Bon Génie et spécialiste entre tous.

- Choix du modèle. Pour éviter la faute de goût, choisir un gilet cinq boutons et droit. Si le milieu professionnel est strict (banque privée, etc.), mieux vaut choisir son gilet dans le même tissu que la veste et le pantalon; pour une touche de fantaisie, se concentrer sur le bas du gilet (pans à pointes, etc.).

- Le dernier bouton. Les codes de l'élégance veulent que le bouton du bas du gilet reste toujours ouvert. Toujours. De même que le dernier bouton de la veste ne doit pas se fermer. Idem pour le poignet de la veste: dernier bouton ouvert.

- Erreur fatale. Porter un gilet croisé (double boutonnage) si l'on est ventru, corpulent, etc. Idem en matière de blazer, de veste. Le boutonnage croisé épaissit la silhouette.

- Tendance. Le gilet convient parfaitement au costume classique actuel qui se veut cintré et dont la veste comporte deux boutons placés assez haut sur le torse (2e bouton, celui du bas, à hauteur de nombril). Objectif de cette forme de complet: allonger la silhouette.

Source : letemps.ch